De la Tunisie à Versailles : l’expérience de mobilité d’Hela YOUNSI

Hela Younsi et ses encadrant·e·s à l’IJPB, Eoghan King et Alia Dellagi, reviennent sur la mobilité d’Hela à Versailles, co-financée par SPS dans le cadre de l’AAP Formation – Mobilité / Évènement pédagogique / Formation doctorants.

Hela Younsi, doctorante tunisienne à l'Institut National Agronomique de Tunisie (INAT) et à l’Université de Turin, a rejoint pendant un mois l’équipe « Acquisition d'Azote dans les Systèmes Symbiotiques Plantes-Microbes » à l’Institut Jean-Pierre Bourgin - Sciences du Végétal (IJPB), où elle a travaillé sous la supervision d’Eoghan King et Alia Dellagi.

Hela Alia Eoghan

Hela Younsi

Parlez-nous brièvement de votre projet de thèse.

« Mon projet de thèse porte sur les interactions entre le blé dur (variétés locales et améliorées) et les microorganismes du sol, en particulier les champignons et les bactéries. L’objectif est de mieux comprendre la capacité de différentes variétés de blé à établir des symbioses bénéfiques, notamment avec les champignons mycorhiziens. Pour cela, j’utilise des approches expérimentales en conditions contrôlées (culture en pots stériles, inoculation, gestion de la nutrition phosphatée), des essais en plein champs ainsi que des analyses moléculaires (PCR, séquençage ITS/16S, analyses bio-informatiques). Les résultats attendus visent à identifier des variétés plus efficaces dans leur capacité à mycorhizer et à valoriser la biodiversité microbienne des sols tunisiens pour une agriculture plus durable. »

Quel sera l'impact de la mobilité sur votre projet et quels objectifs pourrez-vous atteindre grâce à elle ?

« Cette mobilité me permettra de réaliser des analyses moléculaires approfondies sur des échantillons d’ADN extraits du sol, de la rhizosphère et des racines, en utilisant le séquençage haut débit. L’objectif est d’analyser ces données afin de mieux comprendre la diversité des microorganismes présents dans les sols de Médenine (Tunisie), ainsi que les associations entre ces communautés microbiennes et les différents génotypes de blé dur. Ces résultats seront ensuite comparés aux données bioinformatiques déjà obtenues pour les sites de Tunis et Béja, afin d’identifier des tendances communes ou spécifiques liées aux conditions pédoclimatiques et aux génotypes étudiés. »

Au-delà de l'aspect scientifique, qu'est-ce que cette expérience de mobilité vous a apporté sur le plan personnel ? Quel est votre meilleur souvenir de votre séjour à Paris ?

« Sur le plan personnel, cette expérience m’a permis de gagner en autonomie et en confiance dans mon travail. Elle m’a offert l’opportunité de rencontrer des chercheur·e·s et doctorant·e·s avec lesquels j’ai eu des échanges très enrichissants. Les réunions d’équipe ont été particulièrement formatrices, car elles m’ont appris à analyser les résultats de manière critique, à discuter collectivement des problématiques et à proposer des solutions en croisant les expertises.

J’ai également beaucoup apprécié l’esprit d’équipe et la convivialité au sein du laboratoire. Un moment marquant de mon séjour a été l’organisation d’un pique-nique avec les membres de l’équipe, qui a permis de partager un moment convivial, de mieux se connaître et d’échanger. Par ailleurs, j’ai été particulièrement reconnaissante pour la réactivité et le soutien de l’équipe : lorsqu’un kit PCR était sur le point d’être épuisé, une solution a été trouvée en quelques minutes, ce qui m’a permis de poursuivre et de finaliser mes manipulations sans interruption. »

Recommanderiez-vous à d'autres doctorant·e·s de passer une période dans un autre labo ? Pourquoi ?

« Oui, sans hésitation. Cette mobilité a été une expérience déterminante dans mon parcours doctoral. Elle m’a permis de sortir de ma zone de confort et de gagner en rigueur scientifique. Au-delà des compétences techniques acquises, c’est surtout la manière de réfléchir, d’analyser les résultats et de gérer les imprévus qui a évolué. J’ai appris à être plus autonome tout en sachant quand demander de l’aide, et à travailler dans un environnement exigeant mais très stimulant. Cette expérience m’a réellement fait progresser, aussi bien sur le plan scientifique que personnel, et a renforcé ma motivation pour la suite de ma thèse. »

Eoghan King & Alia Dellagi

Qu'est-ce qui vous a motivé à accueillir une doctorante internationale ?

« Alia Dellagi, responsable de l’équipe SYNAPS à l’Institut Jean-Pierre Bourgin - Sciences du Végétal est membre du comité du suivi de la thèse d’Hela en cotutelle entre l’Université de Turin (Prof. Luisa Lanfranco et Prof. Valentina Fiorilli) et l’Institut National Agronomique de Tunisie (INAT, Prof. Youssef Trifa et Dr. Ines Zouari). Ses travaux sur le blé dur étant très proches de ceux que nous développons sur le maïs, ce séjour a été l’occasion de concrétiser une collaboration internationale de l’équipe SYNAPS avec la Tunisie et l’Italie et valoriser des échantillons qu’Hela a produits au champ. »

En quoi l'accueil d'une étudiante internationale a-t-il été enrichissant pour vous et votre laboratoire ?

« Ce séjour nous a permis de mettre au point des protocoles expérimentaux de génération de librairies de métabarcoding pour l’étude des communautés bactériennes et fongiques. Ces protocoles serviront de base à nos futures analyses d’écologie microbienne des plantes, essentielles à de nombreux projets de recherche de l’équipe. Également, Hela, forte d’une grande expérience dans l’analyse de la colonisation racinaire par des champignons mycorhiziens à arbuscules, a pu épauler les doctorant·e·s de première année de l’équipe dans l’interprétation de leurs résultats. »

Y a-t-il un moment de cette visite qui vous a marqué ?

« Nous avons été impressionnés par l’appétence d’Héla pour la découverte de la région parisienne. Tous les lundis, elle nous a fait part de ses visites du week-end : musée d’Orsay, ferme de Gally, déjeuner spécial Japon, etc… et tout cela en moins de 4 semaines ! Nous avons aussi profité de l’arrivée d’un autre stagiaire au sein de l’équipe pour organiser un pique-nique sous le soleil. Ce fut l’occasion de découvrir les talents culinaires d’Hela. Ses bricks tunisiennes étaient délicieuses ! »

Avez-vous des conseils à donner aux étudiant·e·s qui s'apprêtent à effectuer un séjour de recherche à l'étranger ?

« L’objectif du séjour doit être clairement défini et réaliste. Nous avions prévu plus de temps que nécessaire sur le papier pour le séjour d’Hela, ce temps supplémentaire a été absolument crucial pour la mise au point des protocoles et l’atteinte de nos objectifs. »

Voir aussi

L’AAP Formation – Mobilité / Évènement pédagogique / Formation doctorants SPS est ouvert tout au long de l’année et les demandes sont traitées au fil de l’eau. Cet AAP peut participer au financement d’un séjour de recherche d’un.e doctorant·e international·e dans un’équipe SPS. Les demandes sont présentées par l’encadrant·e SPS. 

L’ équipe « Acquisition d'Azote dans les Systèmes Symbiotiques Plantes-Microbes » (SYNAPS) à l’Institut Jean-Pierre Bourgin - Sciences du Végétal

L'Institut National Agronomique de Tunisie (INAT) 

L’équipe «Biologie des interactions mycorhiziennes » à l’Université de Turin